Description de ma profession
Je travaille dans le domaine de la restauration du papier depuis plus de vingt ans. Au cours de ma carrière, je me suis spécialisée principalement dans la remise en état et la conservation d’archives de famille, un domaine que je n’ai pas choisi par hasard, mais qui s’est imposé avec le temps comme le prolongement naturel de mon parcours professionnel. Mon travail comprend la restauration d’œuvres sur papier, le conseil en conservation préventive, la gestion des risques et l’accompagnement dans des contextes sensibles tels que les successions, les ventes ou les transferts institutionnels.
Parallèlement à l’activité en atelier, j’ai toujours mené des actions de formation, que je considère comme une composante à part entière de ma profession. J’ai animé des cours sur l’identification des techniques d’impression (UCLA), sur la gestion des urgences en cas de catastrophes naturelles ou accidentelles (San Diego, puis en Italie), sur l’inventaire et l’enregistrement des œuvres d’art en collaboration avec des cabinets juridiques (IPSOA), sur le nettoyage et la manipulation des œuvres sur papier (SUPSI de Lugano, Accademia di Brera), sur la diagnostique appliquée à la restauration et sur la conservation préventive.
J’ai enseigné en Italie comme à l’étranger, en italien et en anglais, dans des contextes universitaires, au sein d’écoles internationales de spécialisation telles que San Gemini Preservation Studies, ainsi qu’en milieu scolaire, en abordant des thèmes comme le passage de l’écriture à l’imprimé. Je travaille actuellement à l’organisation de nouveaux ateliers de formation avancée.
Pourquoi ce métier
Mon intérêt pour l’art est né très tôt. Adolescente, j’aimais dessiner et le fait de remporter un concours au collège m’a donné la confiance nécessaire pour imaginer un avenir dans ce domaine. J’ai grandi dans un environnement familial fortement lié au travail manuel et à la créativité : pendant les étés passés dans la province de Belluno, je passais beaucoup de temps avec un oncle écossais peintre ; même sans beaucoup de mots, nous partagions de longues journées d’observation, de dessin et de silence au bord de la rivière. Ces expériences ont profondément marqué ma manière de regarder les choses.
D’autres figures familiales liées à l’art et à l’artisanat — ma grand-mère, ma tante et plusieurs parents artistes — ont contribué à créer un terrain fertile, mais c’est la rencontre avec la restauration, à travers l’atelier d’une amie restauratrice, qui a clarifié la direction que je voulais prendre.
Après le diplôme, j’ai suivi un parcours de formation articulé et non exempt d’obstacles, entre Florence et Brescia, jusqu’à la spécialisation en restauration du papier. À Florence, j’ai trouvé un environnement intellectuellement stimulant, capable de conjuguer étude, pratique, muséologie et travail de groupe. Ensuite, l’école de Botticino m’a offert une formation rigoureuse, concrète et fortement orientée vers le travail.
Le désir de me confronter à l’international m’a conduite aux États-Unis, entre Los Angeles et San Diego, où j’ai pu approfondir une approche de la restauration très spécialisée et échanger avec des professionnels qui travaillent aujourd’hui dans d’importantes institutions internationales. Ces expériences ont élargi mon regard et consolidé mon identité professionnelle.
Ce que j’aime dans mon métier, c’est la possibilité de conjuguer précision technique, responsabilité éthique et relation humaine : chaque archive, chaque œuvre, porte en elle une histoire qui mérite respect, écoute et soin.
Mon public principal
La majorité de mes clients est impliquée dans la gestion d’archives de famille : propriétaires, assurances, consultants, collectionneurs ou personnes engagées dans des ventes et des successions. Il s’agit souvent de contextes complexes, dans lesquels la restauration se mêle à des aspects juridiques, économiques et affectifs. À l’avenir, j’aimerais développer davantage la collaboration avec des organismes publics et des institutions.
Avec le temps, mon activité de formation s’est également adressée à des publics variés : d’abord des professionnels de la restauration, puis des étudiants universitaires, des écoles internationales de spécialisation et, plus récemment, un public hétérogène via des plateformes de vulgarisation et de streaming.
Les matériaux que j’utilise
Après mon retour des États-Unis, aménager un atelier respectant les standards de sécurité et de qualité auxquels j’étais habituée a été complexe. Le dialogue avec des entreprises italiennes a toutefois été essentiel pour identifier des matériaux équivalents à ceux utilisés dans les laboratoires américains et allemands.
J’utilise principalement des matériaux de conservation, réversibles : cartons en alpha-cellulose, papiers japonais et coréens, colles d’amidon, non-tissés de textures différentes, Gore-Tex et matériaux sélectionnés afin de garantir une compatibilité maximale avec les œuvres traitées. Le choix des matériaux est toujours guidé par des critères de qualité, de durabilité et de réduction de l’impact environnemental.
Techniques et outils
Mon travail repose sur des techniques traditionnelles de restauration du papier, intégrées à des outils contemporains de diagnostic et de documentation. Une grande attention est consacrée à la phase d’analyse préliminaire, à la documentation photographique et à l’enregistrement des œuvres. J’utilise des outils numériques pour l’archivage, la communication et l’enseignement, en particulier dans les projets de formation et de vulgarisation.
Expérience en Corée et échanges culturels entre la Corée et l’Italie
Ma relation avec la Corée constitue l’un des fils conducteurs les plus importants de mon parcours de recherche et de mon activité professionnelle, développée de manière continue à partir de 2015 et articulée entre étude, vulgarisation, formation et coopération institutionnelle.
Mon intérêt s’est concentré en particulier sur la tradition papetière coréenne, sur le hanji — papier de mûrier obtenu à partir de la Broussonetia papyrifera — et sur les origines de la typographie coréenne, avec une approche comparative entre Orient et Occident. Cette recherche, menée sur plusieurs années, a donné lieu à des publications, des contributions scientifiques et des interventions publiques, en alimentant un dialogue structuré entre professionnels italiens et coréens.
Depuis 2015, j’ai collaboré activement avec le Consulat général de la République de Corée à Milan, en intervenant comme conférencière et modératrice lors d’événements organisés par des institutions telles que l’Archivio Storico de Turin, la Veneranda Biblioteca Ambrosiana et les Musées du Vatican. Dans ces contextes, j’ai approfondi les aspects culturels, techniques et applicatifs du hanji dans la restauration des livres et des œuvres sur papier, en introduisant également le thème du Jikji, premier livre imprimé avec des caractères mobiles en métal, reconnu par l’UNESCO comme Mémoire du monde.
En 2016 et 2017, j’ai participé à des symposiums internationaux organisés par la Korean Cultural Heritage Administration et à des événements majeurs en Corée et en Europe. En juillet 2017, j’ai été invitée comme conférencière au National Assembly Auditorium de Séoul — unique intervenante étrangère — pour présenter dix années de projets menés en Italie sur l’usage du hanji, en collaboration avec des organismes publics et privés, dont les Musées du Vatican, l’Istituto di Patologia del Libro et le Gruppo 130. À cette occasion, la reconnaissance du hanji comme patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO a été discutée.
Parallèlement, j’ai contribué à la diffusion de ces sujets dans le milieu académique et professionnel italien : en 2018, à l’Institut central pour la restauration et la conservation du patrimoine archivistique et bibliothécaire, j’ai présenté le projet sur le Mappemonde du pape Jean XXIII, en proposant en italien un programme précédemment exposé en Corée ; dans les années suivantes, j’ai participé comme intervenante à des congrès, journées d’étude et rencontres promues par l’Association italienne des musées de l’imprimerie et du papier (AIMSC), abordant des thèmes allant de la comparaison entre papiers orientaux et occidentaux aux collaborations internationales en restauration, jusqu’aux urgences liées aux livres endommagés par les inondations.
Un moment significatif de vulgarisation vers le grand public a été la collaboration avec la rédaction de Disney Italie (aujourd’hui Panini) pour la réalisation d’une histoire en bande dessinée sur la naissance de l’imprimerie en Corée du Sud, publiée dans Topolino n° 3053. La reconstitution historique que j’ai fournie a été adaptée par les scénaristes au langage narratif de l’univers Disney, contribuant à faire connaître une page fondamentale mais peu connue de l’histoire de l’imprimerie à un public intergénérationnel.
Ces dernières années, ce parcours s’est accompagné d’un engagement institutionnel croissant. En 2024, j’ai occupé la fonction de Présidente de l’Association italienne des musées de l’imprimerie et du papier, en assurant l’organisation du XVIIe Congrès national de l’AIMSC et en représentant l’association dans des contextes universitaires, muséaux et culturels. Depuis janvier 2025, j’exerce le rôle de Conseillère au sein de la même association, en continuant à participer activement au débat national et international sur l’histoire du papier, de l’imprimerie et sur les pratiques de conservation.
Dans l’ensemble, les échanges culturels entre la Corée et l’Italie ont profondément influencé non seulement mon approche professionnelle, mais aussi le paysage national de la restauration et des études sur le papier. Ils ont contribué à une attention accrue envers les matériaux asiatiques, leur traçabilité et leur qualité, ainsi qu’à une vision plus large de la restauration comme lieu de rencontre entre savoirs, cultures et traditions, où la transmission des connaissances fait partie intégrante de la conservation elle-même.
L’évolution de la profession
La restauration du papier est une profession en constante transformation. D’un côté, elle doit se confronter à de nouvelles technologies, matériaux et méthodologies ; de l’autre, elle risque d’être fragilisée par des incertitudes normatives et par une conscience insuffisante de sa valeur. Je crois qu’il est nécessaire d’investir davantage dans la formation, la recherche et la transmission des compétences afin d’en faire un choix professionnel solide pour les générations futures.
Comment j’ai appris
Mon parcours d’apprentissage a été long et stratifié : formation scolaire, écoles de restauration, universités, ateliers, stages en Italie et à l’étranger, étude autodidacte et échange continu avec d’autres professionnels. Devenir restauratrice n’a pas été un point d’arrivée, mais un processus en évolution constante.
Conseils aux jeunes
À celles et ceux qui s’approchent aujourd’hui de cette profession, je conseillerais curiosité, patience et ouverture. Il est essentiel de construire une base technique solide, mais aussi de voyager, de se confronter à d’autres contextes culturels et de ne jamais cesser d’étudier. La restauration exige rigueur, humilité et passion : ce n’est pas un métier immédiat, mais il peut offrir un parcours humain et professionnel d’une grande profondeur.
Approfondissement thématique – Corée et Italie : un dialogue culturel
L’expérience acquise entre la Corée et l’Italie a constitué un laboratoire privilégié de confrontation entre traditions, matériaux et méthodologies différentes. L’introduction consciente du hanji dans le débat italien sur la restauration a contribué à reconsidérer le rôle des matériaux asiatiques traditionnels non comme des alternatives exotiques, mais comme des ressources compatibles, traçables et scientifiquement fondées. Ce dialogue a favorisé une attention accrue à la qualité des fibres, à la durabilité des processus de production et à la valeur de la transmission du savoir artisanal comme patrimoine culturel partagé.
Chronologie sélectionnée – Échanges Corée–Italie
Macro-catégories :
Research · Education & Skills Transmission · International Cooperation · Cultural Mediation & Dissemination · Leadership & Governance
2005 – (Research · International Cooperation) – San Diego Museum of Art (SDMA) : collaboration avec le SDMA, le Balboa Art Conservation Center et le Museo della Carta de Pescia pour l’étude et la datation du manuscrit sacré indien Bhagavata Purana ; présentation du poster “Investigation of Italian Watermarks in a Mid 19th Century Manuscript from Mysore” lors de l’exposition Domains of Wonder.
2007 – (Research · Cultural Mediation & Dissemination) – Vérone, Bibliothèque civique : conférencière et coordinatrice du colloque Verona incontra la Corea del Sud. Jikji 1377 ; traduction anglais–italien pour la délégation coréenne ; présentation d’un projet d’exposition Italie–Corée sur la tradition papetière et typographique coréenne. Deuxième voyage d’étude en Corée.
2014 – (Research · Cultural Mediation & Dissemination) – Mele (Gênes), Museo della Carta de Mele : participation à la table ronde sur le Scartafascio di Mele, rare échantillonnier papetier du XIXe siècle.
2014 – (International Cooperation · Education & Skills Transmission) – Milan, Castello Sforzesco : organisatrice et conférencière du colloque Dal Codice di Leonardo alla scoperta del Jikji, en collaboration avec le Consulat général de la République de Corée à Milan. Conception et coordination du projet Hanji Meets Science, avec atelier international et bourse pour restaurateurs ; exposition de la copie anastatique du Jikji aux côtés du Codex Trivulzianus de Léonard de Vinci.
2015 – (International Cooperation · Research) – Début de la collaboration avec le Consulat général de la République de Corée (Milan) ; colloques à Turin, Milan (Bibliothèque Ambrosienne) et aux Musées du Vatican.
2016 – (Research · International Cooperation) – Participation au symposium sur le papier hanji organisé par la Korean Cultural Heritage Administration.
2017 – (Research · International Cooperation · Cultural Mediation & Dissemination) – Conférencière au National Assembly Auditorium de Séoul sur la reconnaissance du hanji comme patrimoine immatériel ; Paper World Fair de Francfort ; contribution scientifique à ICON Adapt and Evolve.
2018 – (Education & Skills Transmission) – San Gemini Preservation Studies : enseignante à la Summer School internationale Paper Media and Restoration Methods pour étudiants étrangers.
2019–2023 – (Research · Cultural Mediation & Dissemination) – Interventions et communications AIMSC sur les collaborations internationales, l’histoire du papier, la vulgarisation scientifique et la gestion des urgences.
2022 – (Research · Cultural Mediation & Dissemination) – Cité du Vatican, Musées du Vatican : conférencière à la journée d’étude Carte orientali e carte occidentali per il restauro a confronto ; présentation du projet L’aquilone de Mimmo Paladino.
2024 – (Leadership & Governance) – Présidence AIMSC ; organisation et modération du XVIIe Congrès national AIMSC ; représentation institutionnelle dans des contextes universitaires et muséaux.
2025 – (Leadership & Governance) – Conseillère AIMSC ; participation à des colloques et initiatives nationales et européennes sur l’histoire de l’imprimerie et du papier.
Synthèse éditoriale
Restauratrice spécialisée dans le papier, avec plus de vingt ans d’expérience, j’ai développé une recherche continue sur le dialogue entre traditions orientales et occidentales, en particulier entre l’Italie et la Corée. L’étude du papier hanji et des origines de la typographie coréenne a profondément influencé mon approche professionnelle et a contribué à élargir le débat national sur la restauration, la qualité des matériaux et la transmission des savoirs. À travers des activités de recherche, de vulgarisation, de formation et des rôles institutionnels, je promeus une vision de la restauration comme espace de rencontre culturelle et de responsabilité partagée.
Profil institutionnel
Restauratrice du papier et consultante pour la conservation d’archives et d’œuvres sur papier, avec une expérience internationale et une activité de recherche sur les matériaux papetiers asiatiques, en particulier le papier hanji. Elle a collaboré avec des institutions italiennes et étrangères, les Musées du Vatican, l’ICRCPAL et le Consulat général de la République de Corée. Ancienne Présidente et actuellement Conseillère de l’Association italienne des musées de l’imprimerie et du papier (AIMSC), elle s’engage dans la promotion de la coopération culturelle, de la vulgarisation scientifique et de la valorisation du patrimoine du papier et de l’imprimerie.











