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Trouver l’âme de l’artisanat dans le travail du bois avec Alistair Park

ALISTAIR PARK WoodCarving Flower

Catégorie

Interviews

Date de parution

06/06/2025

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J’enseigne la sculpture sur bois une fois par semaine à Bristol à des adultes ayant un large éventail de niveaux de compétence et d’expérience en taille sur bois. Un jour, un membre de l’équipe du centre de formation m’a pris à part pour me parler de Ross. Ross voulait essayer la sculpture, mais à cause de lésions nerveuses, sa main dominante était presque inutilisable. Serais-je d’accord pour qu’il rejoigne le groupe de sept autres élèves ? La réponse a été « oui ».

Après six séances de trois heures, Ross avait réalisé une magnifique sculpture d’un «Green Man » au visage feuillu et était très fier du résultat. Il était aussi impatient de commencer une nouvelle sculpture.

Ce n’est pas l’histoire de compétences traditionnelles transmises à des élèves privilégiés dans une école privée ou au cours d’un apprentissage. C’est l’histoire de quelqu’un qui ne fait pas partie d’une « élite » de l’artisanat, mais qui trouve quelque chose de magique dans le processus, les outils et les matériaux de la sculpture sur bois. Et cette phrase vaut pour l’élève comme pour l’enseignant.

Je suis un sculpteur autodidacte, je sculpte depuis plus de trente ans et je suis indépendant depuis près de vingt ans. Mes commandes vont de grandes sculptures à la tronçonneuse à des œuvres plus traditionnelles réalisées à la gouge et au ciseau, en passant par de toutes petites pièces taillées au couteau.

L’enseignement est une partie essentielle de mon activité. Bien qu’il m’ait aidé financièrement dans les périodes calmes, sa véritable richesse réside dans les liens humains et les transformations qu’il permet. J’ai formé des élèves devenus sculpteurs professionnels, mais ceux qui ont eu un chemin plus difficile et m’ont emmené avec eux dans leur parcours m’ont laissé l’empreinte la plus forte.

Il y a treize ans, j’ai animé un atelier de menuiserie dans une ferme communautaire. Un jeune homme est venu avec son école spécialisée. Il était profondément sourd et avait des difficultés à se concentrer, mais il a tout de suite accroché au travail du bois. Hors du cadre rigide de la salle de classe et avec des outils tranchants qui exigeaient de l’attention, il a pleinement éclos.

Un grand artisan n’est pas toujours un bon enseignant, tout comme certains enseignants peuvent manquer d’expérience artisanale. Je ne prétends être ni l’un ni l’autre, mais je sais que l’on ne cesse jamais d’apprendre dans cet ancien métier. Avec des milliers d’outils et de techniques du monde entier, c’est cet apprentissage infini qui nourrit la joie.

L’artisanat peut parfois sembler exclusif, réservé à un cercle d’initiés. La compétence exige du dévouement et de la pratique. Mais il y a quelque chose de profondément émouvant à voir des gens découvrir les bases. Cela nous rappelle, à nous professionnels — surtout les indépendants —, l’étincelle qu’on oublie parfois : la joie de réussir une technique difficile, le sourire de la réussite, le soulagement et la fierté. C’est là que réside l’avenir de l’artisanat, et c’est là qu’il a trouvé ses plus belles racines.

ALISTAIR PARK Class In Session
Alistair expliquant le travail au couteau
alistair park Class In session
Ross avec le visage feuillu du Green Man
ALISTAIR PARK TEACHING
ALISTAIR PARK Class in Session

Alistair avec ses élèves au fil des années.

Mon parcours dans la sculpture sur bois
Mon parcours a commencé en 1994, après un diplôme en zoologie. Je travaillais dans une auberge de jeunesse à Ironbridge, un village du Shropshire. En marchant dans les bois boueux des environs, j’ai trouvé une branche de noisetier tombée que j’ai utilisée comme bâton de marche, et je l’ai sculptée pendant deux mois avec un couteau Opinel.

Pendant huit ans, j’ai voyagé en travaillant dans des librairies et des auberges, visitant l’Irlande, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, l’Espagne et le Portugal. J’ai sculpté de nombreuses petites œuvres en bois trouvé : plus de 170 essences différentes à ce jour. Apprendre à reconnaître les meilleurs bois pour la sculpture m’a permis de mieux comprendre les paysages traversés.

Je n’utilisais qu’un couteau pliant, une pierre à aiguiser et du papier de verre. Finalement, j’ai décidé de prendre la sculpture plus au sérieux. Je me suis inscrit à une université dans le sud-ouest de l’Angleterre en 2002 pour un diplôme de design auquel je n’avais même pas postulé (mais c’est une autre histoire !). L’accès à la théorie du design et à la bibliothèque fut un privilège.

En 2005, je me suis installé à Bristol et j’ai rejoint le Forest of Avon Products, une coopérative locale de menuisiers. Le soutien et le réseau de ce groupe ont été essentiels pour lancer ma carrière indépendante. J’ai maintenant un atelier à Bristol où je réalise des commandes et j’y enseigne la sculpture.

J’enseigne depuis 2005, surtout à Bristol, en partie parce que je ne conduis pas. J’ai formé des enfants de six ans comme des adultes nonagénaires en difficulté d’apprentissage.

Au cours des trente dernières années, de nombreux nouveaux outils et technologies sont apparus. Le fraisage CNC et la sculpture assistée par ordinateur sont devenus accessibles, et les artisans doivent aujourd’hui se demander ce qui distingue leur travail de celui d’une machine. Avec le développement de l’IA, il deviendra encore plus difficile de distinguer l’artisanat manuel.

Ce changement a conduit, selon moi, à un nouveau mouvement romantique dans l’artisanat britannique. Comme la révolution industrielle avait inspiré William Morris et le mouvement Arts and Crafts, les créateurs d’aujourd’hui cherchent à renouer avec des techniques anciennes et des matériaux naturels. Malgré les paradoxes — comme faire des marchés en voiture tout en prônant la durabilité —, il y a une vraie richesse dans la joie et la satisfaction qu’apporte la beauté faite main.

Le monde en est d’autant plus riche.

Alistair Park
Sculpteur sur bois, Bristol, Royaume-Uni

(“Green man”;  (tr.L’homme vert ) est un motif artistique typique de la tradition britannique, représenté par un visage formé ou entouré de feuilles, symbole de la renaissance et du cycle de la nature. Il est souvent associé aux divinités de la végétation.)

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